Historique du théâtre de l’Aventure

Le premier festival

A l’aube du premier festival de la jeunesse, fin 1981,Jean Maurice Boudeulle, depuis plusieurs années, mène de front son métier d’animateur sur le quartier de la Lionderie et une intense activité théâtrale amateur, essentiellement axée sur l’intervention. Dans le cadre de son activité professionnelle, il a pu déjà mesurer auprès des enfants ou ados qu’il anime l’engouement que peut susciter la pratique théâtrale mais aussi le savoir-faire et le talent qu’ils y démontraient. C’est donc d’abord motivé par cette expérience, confortée par les liens qu’il a pu établir avec des animateurs de centre et des enseignants des collèges – notamment à Camus où un club théâtral existe depuis quelques temps – qu’il présente cette année là, à l’office culturel d’animation hémois, réunissant les structures socio-éducatives de la commune, un projet de festival rassemblant des groupes d’enfants âgés de 10 à 15 ans, venus de tous les quartiers de la ville, s’organisant autour d’un adulte de leur choix : enseignant, parent, animateur de centre.

Les objectifs avancés :

  • Valoriser la créativité des enfants, en particulier de ceux qu’une trop grande partie de la population marginalise;
  • créer des liens entre les enfants habitants des quartiers différents et casser ainsi notamment les préjugés que les uns portent sur les autres;
  • favoriser ainsi les échanges entre quartiers socialement différents;
  • dynamiser l’accès au théâtre et à sa pratique et ainsi contribuer au développement culturel des mômes – et leurs familles – de la commune.

L’office donne son feu vert. Un tract est diffusé dans les centres et les écoles.

Ce premier festival comme quelques autres qui suivront a l’allure d’un concours, à la manière de quelques autres manifestations sportives organisées à la même époque (et auxquelles l’animateur Jean-Maurice contribue également). La presse, la télé sont conviées. Mais aussi quelques professionnels.

En partenariat avec la direction Régionale de la Jeunesse et des Sports, l’aide de Richarda Nohinck et le parrainage de Cyril Robichez, – le directeur du TPF est à présent chargé par le ministère de la culture du développement du théâtre et supervise également le tout nouveau parc régional de matériel scénique – le premier festival voit le jour en 1982 .

Douze troupes théâtrales s’inscrivent pour venir « s’affronter » devant un jury composé d’enfants, et d’adultes.

Dès leur inscription connue, JMB, aidé bientôt ponctuellement, de Richard Nohinck, passent dans chaque groupe, prodiguent leurs conseils. Un premier stage de formation – inter groupes – est réalisé. Un comité théâtre rassemblant des représentants – essentiellement adultes mais pas seulement – de chaque groupe est mis en place. (c’est ce comité qui deviendra association à part entière en 1986)

Financièrement ce premier festival s’appuie essentiellement sur le bénévolat, et la disponibilité de JMB accepté par son employeur Le centre social des Trois Baudets. Sollicitée après le départ de l’action, avec l’appui de Cyril Robichez, la municipalité prête les salles et accorde une petite subvention. Le parc régional prête son matériel et aide le comité à le mettre en place.

Le jour venu, les familles se déplacent (on voit même quelques banderoles). Quelques élus et responsables associatifs aussi. L’enthousiasme est général.

Les trois gagnants de cette année là seront les troupes de l’antenne sociale de la Lionderie, et des écoles Victor Hugo et Delattre de Tassigny. Parmi les autres participants, les clubs de la Lionderie (marché) du centre social de Hauts champs et des collèges Camus et Triolet. Leur prix : un après-midi récréatif à la base de loisirs d’Hergnies.

Une autre occasion de faire connaissance.

La suite : 82- 90

Les saisons qui vont suivre vont voir se développer la formation avec la contribution de nombreux professionnels de la région, formation spécifique à la demande d’un groupe, mais surtout formation – en plusieurs soirées ou en Week-end – rassemblant des jeunes délégués de chaque groupe avec parfois leur animateur. Les conditions techniques vont elles aussi s’améliorer. Le parc – avant qu’il ne soit accaparé par ses multiples tâches – prêtera même ses techniciens.

La participation au festival des clubs organisés au sein des centres sociaux, des écoles ou des collèges de la commune.

La forme générale du festival ne bougera pas. Les récompenses se faisant plus symboliques. Les dépenses allant essentiellement dans la formation. Un autre concours verra le jour. Celui de l’affiche du festival. Tous les enfants hémois vont être mis à contribution. Un jury – composé également d’enfants et des membres du comité choisira parmi elles celle du festival et de la plaquette. Le comité va élargir également son financement : outre la jeunesse et les sports qui développera son partenariat et la municipalité qui se fera plus présente, le FAS va à présent apporter une contribution essentielle.

En juillet 1983, après la réussite du second festival, à la demande de l’office culturel d’animation hémois, un poste de permanent à l’action culturelle est créé à la Mairie de Hem. Jean Maurice Boudeulle est nommé à ce poste.

Les objectifs restent globalement les mêmes mais se précisent, notamment en réaffirmant quelques nécessités:

  • la formation par des professionnels
  • des locaux facilement accessibles
  • la mise en place à moyen terme d’une association autonome
  • le développement de la sensibilisation dès l’école primaire
  • La mise en place d’événements culturels ( festival, sorties )
  • La naissance à plus long terme d’une équipe de création /locomotive de l’action

A la suite de la création de ce poste

La sensibilisation en classe primaire va se développer. De nombreux instituteurs vont s’inscrire dans le mouvement. Les sorties vont se multiplier. Des tournées également des équipes les plus décidées. La formation va devenir plus intensive.

De 85 à 90, JmB devra cependant faire face au départ d’un certain nombre d’animateurs de structures sociales ou éducatives engagés dans le mouvement au départ et non remplacés. L’un des derniers sera Philippe Pachy, professeur à Camus, animateur généreux de son club théâtre, et premier président de l’association L’Aventure qui naît en 1986, conformément aux objectifs annoncés mais aussi à la demande de L’office Culturel d’Animation hémois qui a vu son comité théâtre devenir sa plus grosse activité avec un budget déjà trop conséquent.

Reprenant l’un des derniers thèmes titres du festival, « le théâtre s’est l’Aventure », la nouvelle association prend pour nom : l’Aventure. Son conseil d’administration regroupe outre quelques membres de droits, plusieurs jeunes des ateliers, des bénévoles parents ou non et des enseignants ou animateurs liés au mouvement. L’activité ainsi peu à peu se recentre autour du comité théâtre devenu association et de son principal – et permanent – animateur ; en dépit du développement des ateliers et des stages de tous ordres, notamment de deux stages reconnus perfectionnement d’animateur bafa.

Les rencontres régionales : (86 – 90)

En 1985, une tournée en Avignon est organisée, 30 enfants hémois , de 13 à 16 ans , partent en camionnette, durant 3 semaines afin de vivre ensemble autour du théâtre (Une semaine en Avignon avec les CEMEA, tournée dans des villages et colonies). Ces jeunes viennent de 4 groupes de théâtre, mais essentiellement de deux quartiers apparemment très différents : tout semblait les opposer encore en 1982. les uns sont issus de l’immigration, habitent dans une cité réputée comme un ghetto, les autres sont enfants d’accédants à la propriété, (certes modeste) installés en France au moins depuis plusieurs générations.

C’est la fusion.

D’autres tournées suivront. Avec d’autres. D’autres expériences aussi extraordinaires. Mais celle-ci a de particulier qu’elle est la première, et quasiment fondatrice de toutes les autres. Y compris de nature plus « privée ».

C’est également cette année-là, en Avignon, que prend corps le projet des premières rencontres régionales des jeunes.

 

La scène est à nous (rencontres régionales de la jeunesse)

Pendant 5 années consécutives, au week-end de la Pentecôte, du vendredi soir au lundi, se dérouleront sur la commune des rencontres qui vont marquer à jamais tous ceux qui y participeront : jeunes acteurs, encadrant; professionnels, simples spectateurs. Et qui détermineront bien des vocations (pas uniquement théâtrales d’ailleurs)

Chaque année, une bonne dizaine de troupes, venues après sélection de toute la région, rassemblant des jeunes âgés de 13 à 18 ans, encadrés ou non par des professionnels au sein d’un établissement scolaire ou socio-éducatif, viendront passer trois jours, nourris et logés (dans des conditions, pour au moins la première année dignes ( !), des pionniers qu’ils étaient pour jouer, regarder jouer, débattre (à n’en plus finir) entre eux ou avec des pros, participer à des ateliers ou des matchs d’impros

Ces rencontres seront entièrement organisées par l’Aventure – avec ses dizaines de jeunes bénévoles – en partenariat avec les CEMEA du nord qui s’impliqueront très fortement et de quelques personnalités comme Daniel Fatous. Le comité organisateur prendra très vite une autonomie certes associative mais pas financière. Car si la municipalité prêtera les locaux nécessaires (salle des fêtes, salle polyvalente, cantines, petites salles pour les ateliers) et y apportera une contribution financière décisive, si le FAS et la jeunesse et les sports soutiendront ce nouveau projet de l’Aventure, la région et le département resteront fort parcimonieux

En 1989, la Scène est à nous s’arrêtera. et principalement à la demande de l’Aventure. Pour plusieurs raisons.

Le CA de l’Aventure ne souhaite plus supporter – au détriment de ses activités locales auxquelles justement il souhaite donner un coup de fouet – les charges de la Scène est à nous qui se sont de plus alourdies par des expériences menées sans nécessairement l’accord de l’Aventure… Ni la Région, ni le département, peut-être insuffisamment sollicités ne semblent déterminés. Son comité organisateur est divisé. Fatigué aussi. Les conditions de création et de fonctionnement sont précaires : un bureau en Mairie et deux préfabriqués qui prennent l’eau – anciennes salles de classe – mis à disposition pour les répétitions , la confection et l’entreposage des décors et des costumes. Même si sont assurés par la Mairie de Hem, les salaires du directeur artistique et du régisseur.

Dans la même année, un sondage, auprès des ados et enfants des ateliers, met en avant leur motivation à participer aux ateliers : L’ambiance, les amis , la convivialité , le caractère familial et non institutionnel des activités. Localement, l’objectif d’échange et de rencontre est entièrement atteint. Mais Son CA souhaite que localement les activités se développent davantage :

89 – 93 : la compagnie professionnelle mais aussi l’institutionnalisation

A l’initiative de quelques jeunes comédiens masculins très actifs depuis plusieurs années, une compagnie pro est créée avec le parrainage de la DRAC qui nous permet de mettre en place un stage de formation. Des cours menés par Gaby Bizien, Stéphane Verrue, Danièle Hennebelle, Jean-Louis Bertch, Alain Dhayer et Jacques Motte alternent avec d’intenses travaux de préparation de deux spectacles : l’enfant étoile et Pour quat’sous le paradis….

Pendant que les filles, issues des mêmes groupes se positionnent en amateur sur « Tricoteuses, pétroleuses, allumeuses, femmes toudis » qui participera brillamment aux festivals de St Louis et de Cholet. Pendant que les ados, issus des clubs des collèges ou de l’Aventure se rassemblent en Grande Main. Pendant que des ateliers destinés aux enfants ou adultes se mettent en place avec succès. Pendant que les ateliers scolaires continuent…

En 90, l’Aventure a enfin un comptable, mais des locaux en démolition. L’Aventure doit se replier à l’autre bout de la commune, à Jydé.

En Novembre 1991 : L’atelier Théâtre est inauguré. Il s’agit d’abord d’y répéter. Mais aussi très vite d’y jouer.

A peine construit, il se révèle déjà trop exigu en rapport au développement de nos activités : un seul bureau, peu de stockage, jauge public limité.

Or l’Aventure a à présent pignon sur rue. La presse, la rumeur publique en dit le plus grand bien. Les inscriptions aux ateliers augmentent. Les cotisations aussi. Il y a à présent des professionnels et il ne paraît pas logique que les seuls revenus des spectacles en tournée équilibrent le budget.